mardi 1 septembre 2009

1 La Notation Financière De L’Etat Camerounais S’Améliore

Pendant les dix derniers années, nous avons été classé par les agences de notation financière et les assureurs d’exportations dans la classe de risque 7, indiquant que nous étions un pays à haut risque et normalement pas couvert.

Seulement depuis Octobre 2008, le Cameroun à fait des progrès, ce qui semble tout de même paradoxale avec la situation de crise actuelle. Nous sommes en effet sortis de la classe de risque 7 pour être promu en classe 6. Quels sont les avantages et à quoi est ce que cette amélioration est due ?

Avec un niveau de risque bas, notre pays devient plus attractif pour les investisseurs. En effet toutes décisions d’investissements a à sa base une évaluation des risques associés. A risque élevé, les investisseurs exigent un retour sur investissement plus élevé accompagné de nombreuses garanties.

Maintenant que les investisseurs voient notre pays comme moins risqué, le coût du capital va être réduit (de très peu) ; les exportations vers le Cameroun vont se faire à moindre frais ; notre économie, sur la base du risque sera autant ou plus compétitive d’autres pays (le Gabon par exemple classé en catégorie 6); les populations pourront bénéficier des produits à moindre coûts et si possible de la croissance économique que cette amélioration pourrait susciter.

Mais à quoi est-ce que cette amélioration est due ? La réponse c’est à l’amélioration de la position financière du Cameroun et la lutte contre la corruption.

L’Etat Camerounais représente près de 60% de l’activité économique du pays, une amélioration de ces finances publiques signifie une diminution du risque défaut de paiement sur ses dettes. Le risque de défaut étant une mesure centrale dans l’établissement des classes de risques, il est certain que l’amélioration des finances publiques à contribuer à ce nouveau classement.

En figurant au bas du classement sur la corruption des organismes tels que Amnesty International, aucun n’investisseurs ne peux s’engager avec le Cameroun sans prendre en compte les dangers de la corruption. Le caractère médiatique de l’arrestation de hauts dirigeants dans notre pays, semble avoir été perçu par nos partenaires comme le désir de l’Etat d’en découdre avec la corruption (peu importe que ce soit vrai ou pas). Ce gain de crédibilité à certainement contribué à réduire le niveau de risque commercial.

Au demeurant, être classé en catégorie 6 est un désavantage important pour une économie qui se veut compétitive. Toutefois, la lutte contre la corruption doit continuer, la rigueur dans la gestion des finances publiques doit être la priorité et la création d’un climat favorable aux investissements reste l’objectif à atteindre.



Lire la suite

StumbleUpon

mercredi 18 mars 2009

8 Bancabilité des projets un autre bouc-émissaire ?

Les dépôts sont « à vue ! », est l’argument le plus récurrent, qui est brandi pour justifier l’incapacité des banques à financer notre économie. Quand cet argument s’avère inefficace, on entend souvent parler de la « bancabilité » des projets. La « bancabilité » est un argument que je trouve aussi inefficace que le premier, pour justifier la surliquidité des banques.

La « bancabilite » d’un montage (projet) c’est le fait qu’un prêteur estime qu’un projet est finançable au regard du couple rentabilité-risque. C’est elle qui détermine l’acceptabilité ou le rejet d’un projet. Les banques au Cameroun, désinvoltes, justifient le rejet massif des projets, par le fait qu’ils ne sont pas bien montés et/ou qu’ils ne respectent pas certaines normes… bref ils ne sont pas « bancables »

Cette désinvolture des banques face à ce problème indique qu’elles semblent ignorer deux choses :
1. Le client est roi, et il a toujours raison d’avoir tort ou de ne pas savoir.
2. Leur viabilité (les banques) dépend moins de leur capacité à collecter l’épargne, mais plus de leur capacité à faire des crédits et financer l’économie.

Prenons un exemple pour illustrer, vous avez un produit que vous vendez (le crédit), vos clients potentiels (demandeurs de crédits) sont prêts à acheter, mais seulement ils ne savent pas comment vous joindre (monter un projet). Qu’est-ce que vous faites ? Vous laissez vos produits se périmer, ou alors vous leur montrez comment vous joindre ?

Clairement, les banques camerounaises ont choisi de laisser leurs produits se périmer. On peut le comprendre, quand on sait qu’elles ont une alternative de refinancement auprès de la BEAC. Mais de grâce, ne jetez pas tout le tort sur les consommateurs, car après tout, ils sont « rois ». Les banques, tiennent une plus grande part de responsabilité, en ce qui concerne le manque de projets « bancables » : Ce sont elles qui ont des produits. C’est à elles de trouver comment les vendre, et non aux consommateurs d’imaginer comment les acheter.

Muhammad Yunus de la Grameen Bank , Jacques Attali de Planet Finance, ou encore Matt Flannery et Jessica Jackley de Kiva, voilà trois entreprises qui réussissent là où elles partaient perdantes. Bien qu’elles soient dans le secteur de la micro-finance, elles ont réussi à faire ce que beaucoup disaient impossible : Emprunter aux pauvres et réussir à se faire rembourser et même engranger des profits.

Ces entrepreneurs auraient pu dire – Non ! Non ! Nous n’irons pas vers ces segments de marché : Ils ne savent pas gérer une activité ni monter un projet ; ou encore c’est trop risqué et en plus ils ne sont pas honnêtes. Mais bien au contraire, sans jetez le blâme sur leurs potentiels clients, ils ont identifié les problèmes et les moyens de les résoudre. Ils ont trouvé comment rendre les projets des pauvres « bancables ».

La non « bancabilite » à mon avis, est donc le résultat de la léthargie des banques camerounaises, leur incapacité à innover et la crainte de sortir de leur zone de confort. Mais aussi et surtout de l’Etat et des autorités régulatrices qui ont failli de rappeler aux banques quel est leur rôle.

Quelques solutions
1. Créer des structures de conseils aux PME
2. Développer des outils de prévisions et gestion des risques propre à notre contexte
3. Travailler en partenariat avec les universités dans l’élaboration des programmes académiques
4. Accompagner les entrepreneurs dans l’élaboration des projets d’entreprises
5. Redéfinir les normes prudentielles, et accroître la fluidité du système juridique
6. Innover

_____________________________________________
Sources : (1) Serges Bayard, (2) Grameen Bank, (3) Grameen Bank, (4) Kiva

.
Lire la suite

StumbleUpon

lundi 16 mars 2009

12 Surliquidité et dépôts à vue : Un faux problème

La plupart des banques camerounaises sont en surliquidité. Malgré cette surliquidité elles n’arrivent pas à financer le développement de notre économie et à assumer pleinement leur rôle d’intermédiaire financier. Si vous demandez pourquoi cette surliquidité, beaucoup vous diront que c’est parce que les dépôts sont à vue. Dans le contexte actuel, je pense que les dépôts à vue ne sont qu’une cause accessoire de la surliquidité.

Liquidité et retraits
L’argument le plus tenu pour justifier l’incapacité des banques à financer l’économie est celui selon lequel, les dépôts sont pour la plupart à vue c'est-à-dire ils sont exigibles a tout moment. Par conséquent, les banques ne peuvent pas financer les projets à long-terme, et difficilement des projets à court terme.

Vous vous demandez, n’est-ce pas le rôle des banques d’emprunter à court-terme et de prêter à long terme ? De plus, ceux qui disent que la plupart des dépôts sont à vue n’ont pas tout à fait raison car en 2007 ils représentaient seulement un peu plus de 42% (1) des avoirs bancaires.

Et même si les dépôts étaient pour la plupart à vue, les clients ne se présenteront pas tous, le même jour, pour vider leurs comptes - enfin, les probabilités sont infimes. En outre, pendant que certains font des retraits, d’autres font des dépôts.

Ca veut simplement dire que les flux de fonds ne sont pas parfaitement corrélés. Quand le solde des flux est positif, il traduit l’agressivité à collecter, et la capacité à retenir les fonds, c’est le signe d’une banque viable. Quand le solde est négatif, il révèle dans la majorité des cas l’incompétence de l’institution concernée et par conséquent sa non-viabilité.

Heureusement, la plupart des banques ont un solde de flux positif. Pour preuve, le taux de réserves obligatoires auprès de la BEAC est largement dépassé. Toutefois, les banques continuent d’être en situation de surliquidité.

On voit donc que les banques n’ont pas de problème de liquidités pour faire face aux retraits. Les dépôts à vue ne sont donc pas la cause de leur inertie.

Le marché Interbancaire
Le marché interbancaire est un marché d’emprunt entre les banques. Elles l’utilisent pour faire face aux besoins temporaires de liquidités. Donc, si une banque solvable arrivait à faire face à des problèmes de liquidités temporaires, elle pourrait toujours avoir recours à ce marché. Sachant que les banques sont en surliquidité, obtenir un prêt ne serait pas le plus difficile.

Une fois de plus, l’argument des dépôts à vue est ramolli. Toutefois, il convient de noter que le marche interbancaire, la clé de voûte du système bancaire, reste très archaïque et mal organisé. En effet, les prêts entre les banques continuent de se faire à blanc, générant un risque non couvert et causant l’hésitation de certaines banques à prêter.

Prêteur de dernier ressort

Au pire des cas, imaginons qu’une banque solvable soit en face d’un problème de liquidité temporaire. Imaginons ensuite que le marché interbancaire soit bloqué. Dans le contexte actuel de surliquidité bancaire, ce scenario est déjà très peu probable. Mais s’il devait arriver, cette banque pourrait avoir recours au prêteur de denier ressort : La BEAC.

Si vous doutez du fait que la BEAC puisse mener de telles opérations, sachez que les réserves pour l’année 2008 sont estimées à 7482 milliards de FCFA. Et au courant des trois dernières années, la moyenne des réserves a été d’environ 5844,6 milliards de FCFA(2).

Une partie de ses réserves sont détenues dans notre le compte d’opérations auprès du trésor français. Le gouvernement français y emprunte souvent des fonds pour un taux d’intérêt modique. Pourquoi nos banques solvables, en situation d’illiquidité temporaire, ne feraient pas pareil ?

Les dépôts à vue sont le bouc-et-misère des banques. Ils sont loin d’être la cause de la surliquidité du système bancaire. Alors, pourquoi ne pas arrêter de tirer dessus, et orienter nos efforts vers les causes réelles du problème :
1. La fluidité du marché interbancaire,
2. La gestion des risques dans notre contexte,
3. L’accompagnement des entrepreneurs dans la réalisation de leur projet,
4. L’innovation bancaire.
5. La gestion des réserves par la BEAC
6. Le système juridique
7. La formation académique

Voila à mon avis quelques causes réelles et directes de la surliquidité des banques.

______________________________________________
Sources :(1) Les Afriques, (2) BEAC, (3)Cacistes, (4)Maroc-hebdo,(5) COBAC, (6)Le Messager

Lire la suite

StumbleUpon