mercredi 18 mars 2009

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8 Bancabilité des projets un autre bouc-émissaire ?

Les dépôts sont « à vue ! », est l’argument le plus récurrent, qui est brandi pour justifier l’incapacité des banques à financer notre économie. Quand cet argument s’avère inefficace, on entend souvent parler de la « bancabilité » des projets. La « bancabilité » est un argument que je trouve aussi inefficace que le premier, pour justifier la surliquidité des banques.

La « bancabilite » d’un montage (projet) c’est le fait qu’un prêteur estime qu’un projet est finançable au regard du couple rentabilité-risque. C’est elle qui détermine l’acceptabilité ou le rejet d’un projet. Les banques au Cameroun, désinvoltes, justifient le rejet massif des projets, par le fait qu’ils ne sont pas bien montés et/ou qu’ils ne respectent pas certaines normes… bref ils ne sont pas « bancables »

Cette désinvolture des banques face à ce problème indique qu’elles semblent ignorer deux choses :
1. Le client est roi, et il a toujours raison d’avoir tort ou de ne pas savoir.
2. Leur viabilité (les banques) dépend moins de leur capacité à collecter l’épargne, mais plus de leur capacité à faire des crédits et financer l’économie.

Prenons un exemple pour illustrer, vous avez un produit que vous vendez (le crédit), vos clients potentiels (demandeurs de crédits) sont prêts à acheter, mais seulement ils ne savent pas comment vous joindre (monter un projet). Qu’est-ce que vous faites ? Vous laissez vos produits se périmer, ou alors vous leur montrez comment vous joindre ?

Clairement, les banques camerounaises ont choisi de laisser leurs produits se périmer. On peut le comprendre, quand on sait qu’elles ont une alternative de refinancement auprès de la BEAC. Mais de grâce, ne jetez pas tout le tort sur les consommateurs, car après tout, ils sont « rois ». Les banques, tiennent une plus grande part de responsabilité, en ce qui concerne le manque de projets « bancables » : Ce sont elles qui ont des produits. C’est à elles de trouver comment les vendre, et non aux consommateurs d’imaginer comment les acheter.

Muhammad Yunus de la Grameen Bank , Jacques Attali de Planet Finance, ou encore Matt Flannery et Jessica Jackley de Kiva, voilà trois entreprises qui réussissent là où elles partaient perdantes. Bien qu’elles soient dans le secteur de la micro-finance, elles ont réussi à faire ce que beaucoup disaient impossible : Emprunter aux pauvres et réussir à se faire rembourser et même engranger des profits.

Ces entrepreneurs auraient pu dire – Non ! Non ! Nous n’irons pas vers ces segments de marché : Ils ne savent pas gérer une activité ni monter un projet ; ou encore c’est trop risqué et en plus ils ne sont pas honnêtes. Mais bien au contraire, sans jetez le blâme sur leurs potentiels clients, ils ont identifié les problèmes et les moyens de les résoudre. Ils ont trouvé comment rendre les projets des pauvres « bancables ».

La non « bancabilite » à mon avis, est donc le résultat de la léthargie des banques camerounaises, leur incapacité à innover et la crainte de sortir de leur zone de confort. Mais aussi et surtout de l’Etat et des autorités régulatrices qui ont failli de rappeler aux banques quel est leur rôle.

Quelques solutions
1. Créer des structures de conseils aux PME
2. Développer des outils de prévisions et gestion des risques propre à notre contexte
3. Travailler en partenariat avec les universités dans l’élaboration des programmes académiques
4. Accompagner les entrepreneurs dans l’élaboration des projets d’entreprises
5. Redéfinir les normes prudentielles, et accroître la fluidité du système juridique
6. Innover

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Sources : (1) Serges Bayard, (2) Grameen Bank, (3) Grameen Bank, (4) Kiva

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8 commentaires:

Anonyme a dit…

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt cet article et je dois avouer, que je n'avais jamais encore analysées les choses sous cet angle là. La logique se tient et je dis un grand MERCI.
Portons toujours plus haut l'étendard de la KTO

Anonyme a dit…

tres bel article
mais ce que tu oublies de dire dans le cas de Yunus est qu'il a prete un peu d'argent de maniere charitable disons le ainsi a des commercantes et le fait qu'elles aient obtenu des resultats satisfaisant lui a donc donner l'idee de creer un mecanisme d'acces de credit aux "pauvres"
si l'experience n'avait pas ete concluente a ce niveau je crois pas qu'on parlerait aujourd'hui de micro finance.

concernant la bancabilite des projets je pense qu'il y'a une correlation avec la surliquidite
comment financer un projet rentable si on en a pas les moyens
nous savons tous que la pluspart des projets commencent a etre rentable apres deux ou trois ans et si on tient compte des remboursement differres comment fsait-on pour tenir notre tresorie?
de plus nous savons que c'est sur les credits que les banques font du chiffre comment peut on refuser de faire de l'argent?
a ce niveau se pose peut etre le probleme de garantie que les jeunes entrepreneurs ne parviennent pas toujours a fournir
il serait donc judicieux comme le suggere Africa qu'il y'ait un accompagnment et en cela j'ajoute pas seulement technique mais aussi financier des potentiels entrepreneurs

Arsene Tatieu

James MBAH a dit…

Article très intéressant qui met à nu la léthargie de notre système bancaire. J'apprécie aussi le commentaire d'Arsène qui, à mon avis, est pertinent, bien que je ne partage pas totalement sa conception de la réussite de la Grameen Bank. A mon avis, Yunus a compris dès le départ que les "pauvres" pouvaient emprunter et rembourser, à condition que certains mécanismes soient mis en place. Ceci dit, sa "charité" se fonde sur sa volonté réelle à réfléchir sur ces mécanismes.

Pour ma part, j'aurai une autre analyse pour justifier la situation dans laquelle sont plongés les porteurs de projets. Tout d'abord, il faut savoir que les banques rejettent les dossiers sans vous expliquer clairement la raison pour laquelle elles ne peuvent pas financer votre projet d'investissement. On ne vous dit pas par exemple quel point précis de votre plan d'affaires fait douter le banquier, de sorte que vous puissiez ajuster votre approche en conséquence. Deuxièmement, je pense que l'absence ou l'insuffisance de banques spécialisées (banque du tourisme, banque d'export-import, etc.) aurait dû pousser les banques commerciales classiques à se doter de département d'études économiques et statistiques pour chaque secteur économique afin de réaliser en permanence des études sectorielles capables d'identifier, pour chaque secteur d'activité des opportunités et des niches de marché. Ceci leur permettrait de mieux comprendre ou d'ajuster les dossiers qui leur sont proposés, parce qu'il faut le dire, nos banquiers ne comprennent pas toujours le fond des dossiers, c'est la raison pour laquelle certains dossiers pouvant pourtant générer des flux financiers très importants sont rejetés. En dernière analyse, je pense que l'absence d'un marché boursier performant peut aussi justifier la situation mise en exergue dans cet article. Il faut savoir en effet que toutes les banques bataillent pour les mêmes clients (grandes entreprises et administrations), alors que ces derniers trouveraient les financements dont ils ont besoin sur le marché boursier, en vendant par exemple des actions. Ceci obligerait à mon avis nos banques à pénétrer un peu plus sérieusement le segment des PME et à diminuer leurs taux d'intérêt qui frisent aujourd'hui l'usure bancaire.

Je souhaite terminer en marquant ma convergence vers les solutions proposées par l'auteur de cet article et je le félicite pour son diagnostic sans complaisance de la problématique du crédit au Cameroun.

Anonyme a dit…

Article très intéressant dans le fait que contrairement à d'autres articles, le non financement des projets n'est pas seulement la faute des banques. On n'a tant juger ces institutions en oubliant parfois de tenir compte de leur situation actuelle.

juste à titre de rappel, l'activité bancaire est une activité à Risque et contrairement à ce qui est dit dans l'article, la décision de financer un projet par la banque ne répond pas tellement à une logique de risque -rentabilité, car la première chose qu'on apprend à un analyste crédit, c'est à identifier les risques inhérents à un projet sans tenir compte des revenus futurs que ce projet pourrait générer pour la banque. Le principal et premier critère de décision est donc le risque (peut être après vient ensuite la rentabilité généré par ce financement). Au niveau des banques, le risque se mesure essentiellement par la solidité des fonds propres. Plus ces derniers sont importants chez une banque, plus cette dernière peut prendre des risques dans son activité de crédit. Ainsi mettre toutes les banques au même pied d'égalité en matière de prise de risque ne serait pas approprié: Afriland First Bank ne pourrait pas participer aux mêmes types de financement que la BICEC ou la Société Générale, car n'ayant pas le même niveau de fonds propre. Et même si elles avaient le même niveau de fonds propres, le risk-appetite (niveau de risque acceptée par le management d'une banque) pourrait changer la donne.

Ceci pour rebondir sur un point qu'on ne semble pas toujours prendre en compte dans notre analyse de la situation. Les banques actuellement au cameroun (pays dont je maitrise mieux le profil) sont des banques à capitaux étrangers privés pour la plupart. Or nous savons tous que la logique de l'actionnaiat privé ne répond pas forçément aux attentes des usagers d'un service comme celui du secteur bancaire (que je pourrais même qualifier de service public, car l'utilité des banques dans le développement d'un pays est incontournable). Si on se souvient bien de l'histoire récente du système bancaire français (système à la base de ceux des pays africains) l'autorité publique, à quand cela était crucial pour l'économie, nationalisé les grandes banques afin de réconcilier les intérêts de ces dernières avec celle de l'économie. Il est certain que dans le contexte actuel, aucune banques camerounaises ne se risquerait à financer un projet quand elle a la possibilité de faire du chiffre juste en ouvrant des comptes et en effectuant des virements à l'étranger. L'Etat doit prendre ses responsabilités et orienter les financements accordés par le secteur bancaire vers les secteurs économiques prioritaires. Bien entendu par Etat je parle d'une administration sérieuse et consciente de son devoir et non de corrompus recherchant à se mettre plein les pôches. Les banques sont des entreprises privées comme les brasseries, les compagnies de téléphonie mobile ou les sociétés d'exploitation pétrolière et tout le reste. je vois mal aujourd'hui comment on pourrait obliger les brasseries à livrer de la boisson à crédit à un bar si elle a les moyen de se faire payer comptant ailleurs.

Merci

Georges MANI a dit…

Chers éminences grises,
Permettez-moi d'exprimer ma joie, après lecture de l'article sur le système bancaire camerounais, sa surliquidité et son incapacité à financer des projets sur le motif de "l'inbancabilité". Je me réjouis surtout de tous vos commentaires, dont certains complètent l'analyse de l'article et d'autres ouvrent des chantiers de discussions et de débat sur la problématique de projets de financement pertinents pour le développement.
Au moment où je rédige ce commentaire, j'apprends avec beaucoup de plaisir que la production nationale camerounaise est en plein boom. On estimation à plus de 200.000 tonnes la production de cacao en 2009.Ainsi, le Cameroun pourrait supplanter légitimement le Nigéria (qui est devant nous pour l'instant) et occuper le 4è rang mondial. (Source : www.lesafriques.com ). Dans cet article, on apprend aussi que les pouvoirs publics stabilisent actuellement le prix moyen au kilo à 1000Fcfa tandis qu'il est à 700Fcfa en Cote d'Ivoire, 1er producteur mondial.
Cette progression est un élément statistique d'envergure qui devrait intéresser les jeunes entrepreneurs nationaux. Le secteur tertiaire regorge de potentialités énormes avec des taux de retour sur investissement impressionnant! Cependant, l'environnement fiscalo-douanier camerounais est aussi un des freins à la bancarisation des petits projets par des banques internationales installées au Cameroun. Je travaille pour une jeune Start up qui évolue dans un secteur très porteur mais nous avons de la peine à obtenir du soutien des banques et après un an d'activité, la majorité de nos investissements se font sur fonds propres.
En revanche, le secteur primaire couplé au secondaire a longtemps été délaissé. Le président KABERUKA de la BAD, lors d'un discours à Yaoundé, avait précisé que l'avenir de l'Afrique réside dans le monde rural et je crois qu'il n'a pas tort. Les montants nécessaires au démarrage sont accessibles, les intrants agricoles sont pour la plupart gratuits, la main d'œuvre est très bon marché et les débouchés sont en pleine structuration.
En terme de contribution au débat, je pense qu'en évoluant dans les secteurs primaire et secondaire avec certaines micro finances qui ont pris le risque de relever le challenge, il y'a des chances que notre agriculture d'exportation et même vivrière (les besoins de la sous-région décuplent d'années en années) devienne indétrônable.

Georges MANI
Sales and marketing strategist
Promotion Protais Ayangma
Université Catholique

Africa a dit…

Georges Mani,

Vos remarques sont tout a fait pertinentes, et l'attention que vous essayez d'attirer sur les opportunités de développement qu'offre le domaine Agricole est nécessaires et cruciale. Apres le débat sur les banques, j'espère que nous reviendrons sur ce sujet très bientôt.

Merci et bonne fin de semaine.

Africa a dit…

Arsen,

Vous faites bien de lever, la question des garanties. Elle est fondamentale quand on parle de risques.

Mais l'absence de garanties n'a jamais été une raison pour ne pas financer un bon projet, sauf dans des pays comme le Cameroun(le notre).

Les garanties répondent à la question: Comment je me fais rembourser, si l'activité ne génère pas/plus suffisamment de cash flows?

Cette à ce niveau que nous demandons aux banques de faire preuve d'ingéniosité et d’innovation au lieu de s'oublier dans leur léthargie.

Par exemple elles peuvent mettre en jeu une série de partenaires, qui vont chacun, générer une portion des garanties (fragmenter le risque): Les assureurs, le gouvernement, les fonds privés de placement (Private Equity), les Consommateurs...etc. Au final il est strictement question d'innover.

Oui les banques font des bénéfices en faisant des crédits. Mais malheureusement pour nous ce n'est pas la seule façon pour elle de faire bénéfices.

La voie des crédits est la plus risquée et la plus rentable, et demande beaucoup capital intellectuelle et de vivacité pour la prendre. Les autres voies en l'occurrence les refinancements sont moins rentables et moins risquées. En plus elles ne demandent aucun effort intellectuel des banques.

Les paradigmes qui s'affrontent ici sont donc la vivacité intellectuelle des banques VS la léthargie intellectuelle des banques et non pas la problématique des garanties.

En rappel un des rôles d'une banque c'est de permettre aux individus de prendre des risques, mais de les prendre collectivement. Une banque qui ne prends pas de risques ca n'existe pas (Sauf au Cameroun bien sur).

Merci et bonne fin de semaine !

Gisele , M a dit…

Bonjour à tous,
Plusieurs points pertinents ont été soulevés par rapport au financement des projets. Et je suis très contente de connaître ce blog car il remet en question des points cruciaux pour le développement de notre pays. Je souhaiterais ajouter des informations concernant les fonds propres des banques au Cameroun.
Selon la BEAC, données actualisées en 2009, le capital de la BICEC est approximativement deux fois inferieur à celui de la société générale du Cameroun. Cependant prenant l’exemple de l’Afriland First Bank, elle a un capital légèrement supérieur à celui de la Société Générale du Cameroun, largement supérieur à celui de la Citibank Cameroun. Elle dépasse largement United Bank of Africa et bien d’autres
De plus, certaines qu'on croirait 100% à capitaux étrangers ne le sont guère à l'instar de la société générale du Cameroun (l'état camerounais possède 25% du capital).

Donc il est donc intéressant de se rendre compte combien les capitaux étrangers en particulier occidentaux n'investissent relativement pas beaucoup dans notre pays. C’est donc à nous banques camerounaises voire africaines de développer notre système bancaire.
Comptablement parlant fonds propres et capital, sont deux notions différentes. Mais les données du capital nous donnent déjà un bon aperçu de ce que peut être les fonds propres.

Merci!
Gisele, M.

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