mercredi 27 mai 2009

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9 Les entreprises locales du secteur du BTP se structurent…

La privatisation en 1995 de l’exécution des travaux routiers, initialement réalisée par Matgenie et le génie militaire, a entraîné une floraison d’opérateurs privés de travaux publics. Aujourd’hui, le secteur compte une dizaine d’intervenants étrangers et une trentaine de nationaux relativement structurés qui répondent régulièrement aux appels d’offres nationaux et internationaux, bien que plus de 200 opérateurs soient enregistrés dans diverses associations professionnelles.

Les entreprises étrangères, mieux organisées et mieux équipées, soumissionnent aux marchés les plus importants. La valeur minimale des marchés de travaux auxquels une entreprise internationale soumissionne est d’environ 20 M EUR si elle n’est pas encore installée, et d’environ 1,5 M EUR si elle dispose déjà d’une base au Cameroun. Le marché, traditionnellement dominé par les majors français (Sogea Satom, DTP Terrassement, Razel), a connu au cours de ces cinq dernières années une modification notable de sa structure, avec l’arrivée de nouveaux concurrents de Chine (CRBC, CWE, CGC), Grèce (Pantechniki SA) et Egypte (Arab Contractors) face à une offre locale qui se professionnalise.

On voit ainsi émerger une quinzaine d’entreprises locales dont l’expertise se confirme dans des travaux de construction neuve, de réhabilitation ou d’entretien de routes bitumées. Le trio de tête est mené par KETCH Sarl, créée dans les années 80. Elle est suivie de BUNS et de MAG qui ont connu une croissance accélérée ces dernières années, ayant entre autres su tirer partie des travaux de sous-traitance confiés par Razel et Sogea Satom et se doter de parcs d’équipements adéquats. Ces trois entreprises travaillent désormais essentiellement sur routes bitumées et peuvent réaliser des marchés de l’ordre de 10 à 20 Mds FCFA, avec des équipes essentiellement locales. Elles soumissionnent à des appels d’offres nationaux, et se constituent en groupement sur des appels d’offres internationaux.

Ce trio est suivi de CMC et d’une dizaine d’autres entreprises locales susceptibles de réaliser des travaux d’entretien de routes bitumées, qui nécessitent d’être équipé dans un premier temps au moins d’un camion-bouille, puis d’une épandeuse, et plus tard d’une centrale d'enrobage. Cette catégorie d’entreprises réalise des marchés d’une valeur unitaire de l’ordre de 400 M FCFA sur routes bitumées, et jusqu’à 800 M FCFA si elles sont en groupement, voire 1,5 Md FCFA pour des marchés triennaux d’aménagement de routes en terre. Il existe une autre population d’une dizaine de PME de taille significative, qui ne réalisent que des travaux sur routes en terre. C’est le cas par exemple de FOKOU FOBERD et de COMAR, qui développent par ailleurs d’importantes activités de construction de bâtiments.

En ce qui concerne les prestations d’ingénierie c’est-à-dire études techniques, contrôle et surveillance des travaux, les marchés les plus importants (de 300 M FCFA jusqu’à 3 Mds FCFA) sont confiés à des bureaux d’études techniques internationaux comme EGIS Cameroun (France), Louis Berger (France-USA), SNC Lavalin (Canada), AIC (Italie), Frisa Engineering (Suisse), Gauff (Allemagne), Tecsult (Canada), Scet Tunisie, qui interviennent souvent en association avec la dizaine de cabinets locaux (Beta Consult, Ecta BTP, Bec la Routière, Sadeg, Setec Ingénierie, Bambuiy Engineering, etc.) dont l’offre se professionnalise également.

Les entreprises locales restent en général limitées par des contraintes structurelles. Alors que les ressources humaines locales sont plutôt nombreuses et qualifiées, le principal frein au développement des PME du secteur est l’insuffisance d’équipements : il n’existe pas de structure d’appui aux PME et l’accès au crédit bancaire demeure très sélectif. L’exigence de constitution de cautions bancaires liées à la participation aux appels d’offres prive largement les entreprises d’une trésorerie déjà tendue en permanence du fait de l’irrégularité des paiements de l’Etat, principal client et donneur d’ordres du secteur. De plus, l’offre de matériels de travaux publics en location, plus coûteuse que l’achat, bien que pratique, couvre moins de la moitié des besoins.

Compte tenu des perspectives porteuses dans le secteur BTP, la plupart des PME du secteur recherchent activement des partenaires étrangers susceptibles de les soutenir financièrement (constitution de groupements dans le cadre d’appels d’offres) mais surtout techniquement (formation des équipes locales et assistance technique dans l’exécution des travaux sur les chantiers). Elles participent de plus en plus à des salons internationaux type BATIMAT ou INTERMAT où elles s’équipent en outillages et petits équipements, et cherchent à attirer des partenaires potentiels étrangers. Ces derniers se montrent en général circonspects en première approche et réticents à s’engager sur des marchés aussi lointains, et surtout jugés risqués au regard de l’intensité des capitaux à investir pour un environnement des affaires encore largement en chantier. Il leur faut chaque fois des gages à la fois sur le risque Cameroun, et sur la pérennité de l’entreprise locale.

Ainsi, la meilleure école qui assure un véritable transfert de technologies sur le long terme reste celle des filiales étrangères installées, dans le cadre de la réalisation des nombreux travaux qu’ils sous-traitent aux PME locales rigoureusement sélectionnées.

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9 commentaires:

Ado a dit…

Great blog, keep up the good work, I will come back, and read often.

Adis

http://www.sling-news.com

Landry N a dit…

Merci Hervé pour votre article riche et informative. Il revèle que nous avons des grands acteurs du BTP présent sur notre territoire. J'aimerai toutefois vous posez deux questions:

1. Comment envisager l'avenir du marché immobiliers: ré sidentiel- affaire?

2. Quels sont les procédures de soumissions aux appels d'autres?

3. Que fait l'Etat Camerounais pour soutenir les entreprises locales de ce secteur?

Merci et au plaisir de vous lire.

Anonyme a dit…

Si le secteur BTP est aussi dynamique, comment se fait il que le Cameroun soit aussi peu construit?

Alors que l'immobiliers est carrement un des pilliers de toutes economies modernes, chez nous ne sommes mais pas encore au balbutiements pourquoi?

Certainement parceque nos dirigeants, n'ont jamais imagine un avenir pour le Cameroun, et pis encore ils en sont incapables.

Et si l'avenir appartient a la jeunesse dit-on, que peut on espèrer, quand celle-ci ne rêve que d'abandonner son pays et de s'exile sous la préssion de l'idiotie et de l'egoisme des dirigeants actuels.

Fabien N. a dit…

Merci - une fois de plus - Hervé pour tes articles forts inrichissants.

Cependant, je souhaiterai te poser une question concernant l'accès au crédit bancaire. Dans la plupart de tes articles, sinon tous, tu soulignes toujours la difficulté d'accès des PME au crédit bancaire. D'après mes lectures, personnelles, j'ai pu constater que la plupart des entreprises ayant une difficulté d'accès au crédit saont des entreprises camerounaounaises (appartenant à des entrepreuneurs locaux) ; alors que les autres entreprises [francaises] non pas problème pour ça... Je me demande parfois si ce n'est pas une volonté de je ne sais pas qui pour nous maintenir dans la précarité... surout que ce qui est bizzare est que la raison citée par les banques est "l'abscence d'organisation ne remplissant pas certains critères" alors - que je sais que - la plupart des ces mêmes entreprises françaises ne sont pas plus "organisée" que nos PME...

Investir dans le BTP, c'est avant tout disposer, en plus des ressources humaines qualifiés (qu'on trouve d'ailleurs ici) mais surtout avoir une capacité de s'autofinancer hors du commun; que ce soit pour l'achat des engins (qui sont hors de prix) ou encore pour les avances de fonds qu'on doit faire pour excécuter les travaux pour - peut être - être payer plus tard... C'est donc pourquoi, comme tu le dit bien Hervé, ces entreprises sont "obligées" de s'associer pour pouvoir travailler ou encore de cibler des marchés précis ; afin de surtout faire face "ensemble" aux contraintes financières. Elles ont le plus souvent les compétences techniques necessaires pour effectuer les travaux auxquels elles soumissionnent.

Landry, par le passé dans notre pays, les marché publics ; je parle des ouvrages d'arts (routes, hopitaux, ponts, etc) étaient attribués aux députés, aux mains de qui l'argent finissait par avoir le vertige et s'évanouir. Tu as sans doute entendu plusieurs choses sur ça... L'assemblée nationale avait alors voté une loi indiquant que les marchés publics doivent, dorénavant, être attribuer à des entreprises (publiques ou privées). Donc pour "soumissionner" à un marchés public (appel d'offres) il faut être une entreprise ayant des compétences administratives, techniques et financières requises...

Anonyme a dit…

Tres interressant.
je suis simplement surpris de pas voir Asquini parmis les geants du btp et engeneering conseil ou bien ils ont fini par plier baggage
Dtp est base au Tchad et peut etre sa proximite avec la region du nord qui lui permet peut etre de gagner d'important marche dans cette region

Concernant les banques a mon avis etant des filiales francaises pour l'essentiel elles ont vocation a soutenir les compagnies francaises basees chez nous en priorite elles n'ont pas vocation a soutenir les compagnies locales a nous de creer les notres pour le faire

Fabien ce que tu dit cocernant les deputes est vrai mais rien n'a change. Nous conaissons tous le phenomene des "entreprises mallettes", zero bureau, tout est dans le sac. Evidemment lorsqu'on a le contrat on sous traite tout simplement si on le souci de faire au moins le job ou alors on disparait dans la nature.

voila ce qui plombe le btp chez nous et explique aisement les route que ne survivent pas a la premiere pluie venu

Arsene tatieu

Anonyme a dit…

Questions de Landry :
1. Comment envisager l'avenir du marché immobiliers: résidentiel- affaire?
2. Quels sont les procédures de soumissions aux appels d'autres?
3. Que fait l'Etat Camerounais pour soutenir les entreprises locales de ce secteur?

Réponse ou commentaire :
1. L'immobilier résidentiel et d'affaires se développe bcp en ce moment. Des particuliers s'y engagent, le secteur public aussi. Les banlieues de Yaoundé et Douala connaissent une telle effervescence en programmes immobiliers que le prix du m² de terrain nu est passé de 2000 FCFA à 8000 en qq années. La Communauté urbaine de Yaoundé par exemple veut construire un immeuble d'affaires sur un espace du marché situé vers SHO face Brico...En général pour ces projets, le financement devient facile à obtenir auprès du Crédit Foncier qui a de la térsorerie pour. Le pb demeure le cadre reglémentaire, en particulier la maîtrise par l'Etat du cadastre. C'est un énorme chantier confié au ministère des domaines créé pour les besoins de la cause. Un bon pgme immobilier commence par la sécurisation du titre foncier, or en dehors des pgmes MAETUR qui sont béton de ce point de vue, les autres présentent tj ce risque qu'un matin votre titre foncier soit dénoncé...

2. Les procédures de participation aux appels d'offres sont assez codifiées et supervisées par l'ARMP (www.armp.cm) sous le contrôle du PM. Elles sont relativement bien pensées et deviennent relativement bien observées surtout en ce qui concerne les appels d'offres internationaux, pas encore bien pour les nationaux. Des moyens de recours existent et ont pu faire leurs preuves dans pas mal de cas.

3. L'Etat n'a pas de politique affirmée de soutien aux PME car elle n'en avait pas vrmt le droit sous programme FMI, ayant échoué à faire fonctionner le FOGAPE. Ce qu'il essaye de faire c'est obtenir des financements auprès de bailleurs de fonds pour financer la formation technique et manageriale des employés de PME locale. Le PERFED de l'UE a ainsi bcp aidé les PME à se structurer.

Hervé Lado

Anonyme a dit…

Question : Si le secteur BTP est aussi dynamique, comment se fait il que le Cameroun soit aussi peu construit ?

Réponse ou commentaire :

Si le Cameroun est si peu construit, c'est tout simplement la résultante de la décennie de crise éco 1985-2005 pendant laquelle non seulement l'entretien de l'existant n'était plus possible, mais il n'y avait plus de travaux d'extension du réseau. L'Etat n'avait ni les moyens de financer lui-même les trauvaux ni une réputation suffisante pour attirer des bailleurs de fonds internationaux.

La sortie de crise en 1994, à la suite de la dévaluation qui a entraîné la relance des exportations et le redressement des finances publiques, a permis à l'Etat de retrouver les moyens budgétaires de financer ses projets, et de restaurer son image auprès des bailleurs de fonds...d'où les annulations de dettes et les dons/prêts qui pleuvent en ce moment.

Une fois les chantiers relancés, il va falloir bien plus qu'une décennie pour retrouver l'état d'avant crise et aller au-delà, et pour ça il faut des sommes colossales, de l'ordre de 200 Mds FCFA par an (presque 10% du budget de l'Etat). Donc il va falloir être patient.

Hervé Lado

Anonyme a dit…

Question de Fabien :
"J'ai pu constater que la plupart des entreprises ayant une difficulté d'accès au crédit sont des entreprises camerounaounaises (appartenant à des entrepreuneurs locaux) ; alors que les autres entreprises [francaises] non pas de problème pour ça... Je me demande parfois si ce n'est pas une volonté de je ne sais pas qui pour nous maintenir dans la précarité. »

Réponse ou Commentaire :
Fabien, penser qu'il y a une solidarité entre sgbc et sogea-satom par exemple pour faire du tort aux entreprises locales c'est un raccourci que je ne prendrai pas, pour une raison simple : il y a du boulot pour tout le monde dans le secteur, et en fait ces entreprises ne jouent pas vraiment dans la même division. En plus, pour te donner un scoop, une boîte comme sogea satom a dû s’abstenir de soumissionner à des marchés ces dernières années, pour la simple raison qu’elle n’avait pas envie d’engager plus de moyens sur le Cameroun, réalisant déjà un niveau d’activités confortable.

Ne pas oublier que les majors locaux actuels (Ketch, Buns, Mag) ont grandi sous l'aile des majors français ou étrangers. C'est qq part grâce aux travaux de sous-traitance que ces majors locaux ont pu gagner en transfert de techno. Je le dis avec d'autant plus de liberté que ces dirigeants locaux le reconnaissent eux-mêmes ouvertement. Remporter des marchés relève de la compétition mais il y a bien souvent plus d'ententes entre ces concurrents que d'animosité. Buns réalise volontiers des travaux avec Razel sur Nkongsamba-Kekem et prête ses centrales d'enrobage à Sogea Satom à Oyomabang, Mag s'associe avec Razel ou DTP sur tel autre chantier, et tous font partie d'une même association professionnelle qu'ils ont créée ensemble.

Pour en arriver là, les activités de ce trio ont observé une lente progression...Ketch depuis les années 80, les deux autres un peu plus tard. Ils ont eu cette patience. L'erreur pour les plus petits locaux serait d'essayer d'imiter les majors sans connaître leur histoire.

Les difficultés financières sont inhérentes à la nature particulière du secteur BTP dont les entreprises ont un fort BFR à financer du fait des délais longs de paiement du principal client qu'est l'Etat. Les banques font une analyse financière classique et ne prêtent ou n’accordent de rallonge de trésorerie que lorsque l'entreprise a un contrat (le fameux carton du Trésor) qu'elle peut présenter comme garantie. Plus elle a des garanties, moins elle a des pb financiers. Or dans le secteur, les contrats sont particulièrement aléatoires.

Une méditation pour la route : Penses-tu qu'Afriland qui a ce qu'il faut pour prêter et qui est locale prête aux boîtes locales bcp plus que les banques françaises ? Si elle fait ça, c’est qu’elle prépare sa faillite. Le sort d’Amity Bank devrait nous faire réfléchir davantage…

Hervé Lado

Anonyme a dit…

Bien vu Arsène.
Il manque à l'article un paragraphe sur les entreprises de bâtiment, j'ai fait un focus sur les travaux routiers, qui il est vrai drainent le plus de financements.

Le bâtiment n'est pas en reste mais va bien plus lentement comme on l'observe en général dans tout pays où le secteur BTP est relancé. Les poids lourds sont Bati Service (qui a réalisé l'immeuble de la csph au carrefour warda), Asquini Encorad pour des travaux d'une technicité particulière (immeuble Ecobank à Dla), SGC (a réalisé les bâtiments de la Kto ekounou, avec LGT), Cacoco (avec des bases au Tchad et au Mali), Foma enterprise (immeuble Pmuc à Dla), Les Batisseurs Réunis, etc.

Pour DTP Terrassement (Bouygues), qui fait uniquement les routes, ils n'ont plus de base permanente au Tchad. Leur proximité avec le nord s'expliquait par le chantier Ngaoundéré-Touboro-Moundou dont ils ont réalisé les deux-tiers (282 km) de 2002 à 2007 (financement FED). Ils ont pu ensuite remporter en 2008 la réhabilitation de Garoua-Figuil (FED toujours), mais leur base administrative est à Douala.

Hervé Lado

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